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2026 · 8 min de lecture
ADN de saumon et polynucléotides : c'est quoi ?
Les polynucléotides sont des fragments d'ADN de saumon purifiés injectés dans la peau. Aucun produit n'est homologué par Santé Canada, et certains ont été saisis.

Points clés
- Aucun produit à base de polynucléotides ou de PDRN n'est homologué par Santé Canada, ni dans la base des médicaments ni dans celle des instruments médicaux.
- Santé Canada a saisi Rejuran et Rejuran i dans une clinique de Vancouver et un produit PDRN dans une clinique ontarienne, comme produits non autorisés.
- Un agent de comblement dérivé de tissus animaux est un instrument médical de classe IV au Canada, la classe de risque la plus élevée, examiné avant homologation.
- L'ensemble des données randomisées sur l'usage cosmétique des polynucléotides porte sur environ 180 à 220 patients répartis dans 7 à 9 petits essais.
- L'allergie au poisson et aux fruits de mer est traitée comme une contre-indication aux injections de polynucléotides par l'American Academy of Ophthalmology.
- Le défibrotide est le seul polydésoxyribonucléotide autorisé au Canada, comme médicament d'ordonnance pour une complication hépatique, non comme soin cutané.
Les polynucléotides, commercialisés sous le nom d'ADN de saumon, sont des fragments d'ADN purifiés à plus de 95 pour cent, débarrassés des protéines, injectés dans la peau. Aucun produit à base de polynucléotides ou de PDRN n'est homologué par Santé Canada. Les deux bases de données fédérales ne renvoient aucun enregistrement, et Santé Canada a saisi ces produits dans des cliniques canadiennes.
C'est la partie que les patients ne lisent presque jamais, alors elle vient en premier. Le reste de cet article explique ce qu'est le traitement, ce que montre la recherche, et pourquoi la position canadienne est celle-là.
Les polynucléotides, c'est fait de quoi ?
Ce sont des fragments d'ADN purifiés à partir du sperme de salmonidés, généralement le saumon kéta ou la truite arc-en-ciel. L'extraction se fait à haute température, ce qui donne une substance active pure à plus de 95 pour cent, dont les protéines et les peptides sont inactivés.
Deux acronymes circulent. PDRN, pour polydésoxyribonucléotide, désigne les chaînes plus courtes, sous 1 500 kilodaltons, avec un pic typique autour de 132 kilodaltons. PN désigne les fragments plus longs. La distinction n'est normalisée ni entre fabricants ni entre publications : c'est une règle générale, pas une définition.
Comment sont-ils censés agir ?
Le mécanisme proposé comporte deux volets.
D'abord, les fragments sont dégradés par des enzymes tissulaires en éléments plus petits, dont l'adénosine, qui se lie au récepteur A2A de l'adénosine. Ce récepteur intervient dans la résolution de l'inflammation, dans l'angiogenèse et dans l'activité des fibroblastes.
Ensuite, les fragments fournissent des nucléosides et des nucléotides à ce qu'on appelle la voie de récupération, permettant aux cellules de réutiliser ces éléments quand leur synthèse de novo est compromise.
Deux réserves honnêtes. Une étude a montré que les effets étaient réduits mais non abolis lorsque le récepteur A2A était bloqué, ce qui laisse penser que d'autres voies interviennent et que le mécanisme n'est pas entièrement cartographié. Et l'essentiel de ces travaux est préclinique, mené sur cellules et sur animaux plutôt que sur peau humaine.
Les polynucléotides sont-ils légaux au Canada ?
Aucun produit qui en contient n'est autorisé ici, et ce n'est pas une zone grise.
Les deux bases publiques de Santé Canada répondent directement. La Liste des instruments médicaux homologués en vigueur ne renvoie aucun enregistrement pour polynucléotide, PDRN, polydésoxyribonucléotide, nucléotide, Rejuran, Plinest ou Nucleofill. La Base de données sur les produits pharmaceutiques ne renvoie rien pour les mêmes ingrédients et noms commerciaux. Des recherches témoins dans ces mêmes bases renvoient normalement des résultats, ce sont donc de véritables absences et non une requête défectueuse.
Santé Canada est allé plus loin que la simple non-homologation. Rejuran et Rejuran i figurent nommément sur une liste de produits injectables non autorisés saisis dans une clinique de Vancouver, et un produit PDRN a été saisi dans une seconde clinique en Ontario. La formulation de Santé Canada est directe : les produits de santé non autorisés n'ont pas été évalués quant à leur innocuité, leur efficacité et leur qualité, et il est illégal de vendre des produits de santé non autorisés au Canada.
La raison réglementaire mérite d'être comprise. Un agent de comblement fabriqué à partir de tissus animaux ou de leurs dérivés est classé comme instrument médical de classe IV, la classe de risque la plus élevée, et les instruments de classe IV exigent l'examen de preuves d'innocuité et d'efficacité avant toute homologation. Les polynucléotides d'origine salmonidée sont un dérivé de tissu animal. Aucune homologation de ce type n'a été délivrée.
Par contraste, ces mêmes bases recensent plus de 30 agents de comblement à l'acide hyaluronique homologués, des hydratants injectables à l'acide hyaluronique homologués, et une dizaine de systèmes de préparation de plasma riche en plaquettes homologués.
Defitelio veut-il dire que le PDRN est approuvé ?
La question revient, et il vaut mieux y répondre tout de suite.
Un polydésoxyribonucléotide est bel et bien autorisé au Canada. Le défibrotide, vendu sous le nom de Defitelio, possède un numéro d'identification de médicament. C'est un traitement d'ordonnance contre la maladie veino-occlusive hépatique, une complication hépatique potentiellement mortelle de la greffe de cellules souches. Il n'est pas d'origine salmonidée, ce n'est pas un produit cutané, et son autorisation ne dit rien des injections cosmétiques de polynucléotides.
Quel est le statut ailleurs dans le monde ?
Les autorisations étrangères existent, et elles sont plus étroites que ne le laisse entendre le marketing.
En Italie, Placentex est un médicament autorisé à base de polydésoxyribonucléotide, avec des indications dystrophiques et ulcéreuses, pas cosmétiques. En Corée du Sud, un produit salmonidé est approuvé en crème pour la cicatrisation et en injectable pour la réparation des plaies après greffe. La FDA américaine ne renvoie aucune autorisation pour ces dispositifs.
La constante entre régulateurs est donc la suivante : là où ces produits sont autorisés, c'est pour la cicatrisation, et le rajeunissement cosmétique est une extension hors indication.
Que valent les données de recherche ?
Elles sont peu nombreuses, courtes, et concentrées dans deux pays.
Une revue systématique publiée en 2026 a recensé sept essais randomisés totalisant 183 participants, et conclut que le corpus demeure limité par de petits effectifs, des protocoles hétérogènes et des mesures variables. Une seconde revue, neuf études et 219 patients, les juge de qualité faible à modérée.
L'ensemble des données randomisées pour l'usage cosmétique porte donc sur environ 180 à 220 patients. À titre de comparaison, un seul agent de comblement homologué passe par des essais plus vastes que cela avant d'être autorisé. Aucun effet indésirable grave lié au traitement n'a été rapporté dans ces essais, ce qui est rassurant sur l'innocuité, mais ne remplace pas l'examen réglementaire qui n'a pas eu lieu.
Comment se comparent-ils au PRP et à l'acide hyaluronique ?
Les trois font des choses réellement différentes.
Les polynucléotides agissent par le récepteur de l'adénosine et la voie de récupération. Le PRP agit par les facteurs de croissance concentrés de votre propre sang, ce que détaille notre guide d'une cure de PRP. Un produit à l'acide hyaluronique agit en fixant l'eau et en apportant de la structure, et c'est le seul des trois à disposer de produits homologués au Canada.
Sur les comparaisons directes, un essai randomisé auprès de 24 femmes opposant microneedling avec PDRN et microneedling avec PRP a trouvé une réduction plus marquée des scores de rides dans le groupe PDRN, sans différence d'hydratation. Vingt-quatre participantes, cela génère une hypothèse, cela ne conclut pas.
Ces résultats sont intéressants. Ils ne remplacent pas une homologation.
Qui ne devrait pas recevoir ce traitement ?
L'allergie au poisson et aux fruits de mer est traitée comme une contre-indication. L'American Academy of Ophthalmology indique que les injections de polynucléotides ne devraient pas être proposées aux personnes allergiques au poisson ou aux fruits de mer. Certaines revues cliniques emploient une formulation plus souple, notant que l'allergie au poisson est déclenchée par des protéines alors que le produit est de l'ADN purifié dont les protéines sont inactivées, si bien que le risque théorique est faible.
La raison de garder cette contre-indication absolue au Canada est simple. Sans produit homologué, personne ne peut vérifier la teneur en protéines d'un flacon donné par rapport à une norme examinée. La position la plus sûre est de considérer l'allergie comme une contre-indication.
Les autres contre-indications rapportées dans la littérature comprennent l'âge de moins de 18 ans, la grossesse et l'allaitement, une infection active ou systémique, les troubles de la coagulation, les maladies auto-immunes dont le lupus et la sclérodermie, et l'épilepsie. Elles proviennent de consensus d'experts plutôt que d'un étiquetage approuvé, faute justement d'étiquetage approuvé hors d'Italie.
Que retenir quand on est patient à Montréal ?
Si une clinique du Québec vous propose des injections d'ADN de saumon, les bonnes questions sont : qu'est-ce qui est injecté exactement, d'où provient le produit, et en vertu de quelle autorisation est-il utilisé au Canada. Vous avez droit à une réponse claire.
Le Collège des médecins du Québec exige une évaluation médicale en personne avant toute injection esthétique et exige qu'un médecin demeure accessible en cas de réaction, même s'il n'a pas publié de position sur les polynucléotides en particulier.
Quand l'objectif est la qualité de la peau, il existe au Canada des options homologuées, appuyées par des données d'innocuité examinées, et il vaut la peine de parcourir l'ensemble des traitements avant de se tourner vers un produit que les autorités d'ici n'ont pas évalué.
Les résultats peuvent varier d'une personne à l'autre. Rien ici ne constitue un avis médical — prenez rendez-vous en consultation et nous étudierons votre cas.
Sources
- https://recalls-rappels.canada.ca/en/alert-recall/unauthorized-injectable-drugs-and-medical-devices-seized-revoskin-vancouver-bc-may
- https://recalls-rappels.canada.ca/en/alert-recall/unauthorized-injectable-drugs-and-medical-devices-seized-vivian-spa-mississauga-may
- https://www.canada.ca/en/health-canada/services/drugs-health-products/medical-devices/application-information/guidance-documents/guidance-document-preparation-premarket-medical-device-licence-amendment.html
- https://www.canada.ca/en/health-canada/services/medical-procedures/cosmetic-injections.html
- https://www.frontiersin.org/journals/pharmacology/articles/10.3389/fphar.2017.00224/full
- https://jcasonline.com/polynucleotides-and-polydeoxyribonucleotides-in-dermatology-a-narrative-review/
- https://www.mdpi.com/2076-3417/15/19/10437
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/39645667/
- https://eyewiki.org/Periorbital_Polynucleotide_Injections
- https://www.mdpi.com/1422-0067/25/15/8224
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