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2026 · 8 min de lecture
PRF ou PRP : que change la matrice de fibrine ?
La PRF est centrifugée une fois sans anticoagulant, libérant les facteurs de croissance sur environ 10 jours plutôt qu'une heure. Reste à savoir si le résultat est meilleur.

Points clés
- La PRF est centrifugée une fois sans anticoagulant, ce qui laisse le fibrinogène polymériser en une matrice retenant plaquettes et facteurs de croissance.
- La PRF injectable est centrifugée à environ 60 g pendant 3 minutes, alors que le PRP subit typiquement une double centrifugation à force bien plus élevée.
- La libération des facteurs de croissance de la PRF a été mesurée jusqu'à 10 jours, contre 95 pour cent du PRP libéré dans la première heure.
- La seule revue systématique comparant PRP et PRF pour le rajeunissement périorbitaire ne trouve aucune preuve de supériorité de l'un sur l'autre.
- Dans l'étude au suivi le plus long, l'avantage de la PRF sur le PRP à 3 mois avait disparu à 6 mois.
- Pour la pigmentation et les cernes, les données favorisent le PRP, une étude rapportant une réduction moyenne de 46,6 pour cent de la surface mélanique.
La PRF et le PRP proviennent tous deux de votre sang. La différence est 1 centrifugation au lieu de 2, et aucun anticoagulant, ce qui laisse la PRF former une matrice de fibrine qui libère les facteurs de croissance sur environ 10 jours plutôt que dans la première heure.
Voilà le mécanisme, et il est bien documenté. Savoir s'il donne un meilleur résultat sur votre visage est une autre question, et la réponse honnête est que les données ne le démontrent pas encore.
Qu'est-ce que la matrice de fibrine ?
Quand on prélève du sang pour un PRP, un anticoagulant est ajouté dans le tube pour empêcher la coagulation. Le plasma reste liquide, ce qui permet de le centrifuger fort, deux fois, et de le concentrer.
La PRF se passe d'anticoagulant. Sans lui, le fibrinogène du plasma commence à polymériser pendant la centrifugation et forme un maillage tridimensionnel de fibrine. Les plaquettes et les facteurs de croissance restent piégés dans ce maillage au lieu de circuler librement.
La centrifugation est aussi plus douce. La PRF riche en leucocytes est centrifugée autour de 708 g pendant 12 minutes, les protocoles avancés à 208 g, et la forme injectable utilisée en esthétique tourne à environ 60 g pendant trois minutes. Le PRP, lui, subit typiquement une double centrifugation à force bien plus élevée.
Une force plus faible laisse un réseau de fibrine plus lâche et plus poreux. Une force élevée le rend dense. Cette architecture détermine la vitesse à laquelle les facteurs de croissance en sortent.
En quoi la libération diffère-t-elle ?
C'est la partie la mieux étayée de toute la comparaison, et elle a été mesurée trois fois par des équipes différentes.
L'étude de référence a échantillonné la libération à 15 minutes, une heure, 8 heures, un jour, trois jours et 10 jours. Sa conclusion : le PRP convient à une libération rapide des facteurs de croissance, tandis que la PRF avancée convient mieux à une libération prolongée. Une deuxième équipe, mesurant à 6, 24, 48 et 72 heures puis à 7 et 10 jours, a constaté qu'abaisser la force de centrifugation augmentait significativement la libération, le protocole le plus doux donnant le VEGF cumulé le plus élevé au dixième jour.
Pour comparaison, avec le PRP, au moins 95 pour cent des facteurs de croissance sont libérés dans la première heure.
Une correction au discours habituel : la PRF n'est pas simplement « plus ». Dans une comparaison directe, la PRF injectable était plus élevée à 10 jours pour plusieurs facteurs de croissance, mais le PRP l'était pour le TGF-bêta 1 et le VEGF au même moment. La formule juste est un profil de libération différent, pas un profil supérieur.
À noter aussi : 10 jours est le moment où la mesure s'est arrêtée, pas celui où la libération s'arrête. Toute affirmation sur une durée précise plus longue dépasse les données.
La PRF est-elle riche en leucocytes, et est-ce important ?
Généralement oui pour la première question, et non tranché pour la seconde.
La PRF retient habituellement plus de globules blancs que le PRP pauvre en leucocytes le plus utilisé en dermatologie. Les leucocytes participent à la cicatrisation et à la défense antimicrobienne, ce qui est l'argument pour les conserver.
Mais ce n'est pas si net. Il existe des PRP riches en leucocytes, et certains systèmes commerciaux de PRF en sont au contraire appauvris d'environ 95 pour cent. Les auteurs de revues qualifient de controversé le bénéfice des préparations riches en leucocytes, puisque ces mêmes cellules sont pro-inflammatoires. Une mesure comparative directe a trouvé que la PRF présentait le plus faible compte plaquettaire des trois préparations testées, mais le TGF-bêta 1 le plus élevé, ce qui va dans le sens d'une matrice de fibrine qui concentre et retient les facteurs de croissance plutôt que d'en transporter davantage.
La PRF est-elle homologuée au Canada ?
Non, et Santé Canada la nomme explicitement. La position publiée en juillet 2019 vise les traitements au plasma riche en plaquettes, y compris les traitements à la fibrine riche en plaquettes, et confirme que Santé Canada n'a reçu aucune demande de mise en marché ni d'essai clinique pour ces produits, et n'a donc pas évalué leur innocuité, leur efficacité ni leur qualité.
Comme pour le PRP, une préparation autologue faite sur place relève de l'exercice de la médecine et est encadrée par la province. Et comme pour le PRP, aucune clinique ne peut présenter la PRF comme approuvée par Santé Canada.
À quoi ressemble une cure ?
Les protocoles esthétiques publiés vont de une à quatre séances, le plus souvent trois à quatre à environ un mois d'intervalle, avec 0,5 à 3 millilitres par séance. Seule la forme liquide injectable se prête à cet usage, la PRF solide étant une membrane et non un produit qui passe dans une aiguille.
L'amélioration est rapportée dans un délai de un à trois mois. Les auteurs de revues systématiques signalent une réserve qui mérite d'être répétée : un changement visible précoce, surtout sous l'œil, peut relever d'un œdème transitoire plutôt que d'une modification tissulaire.
La PRF dure-t-elle plus longtemps que le PRP ?
La longévité est la raison même du développement de la PRF, et c'est l'argument que vous verrez le plus souvent. C'est aussi celui qui est le moins appuyé.
La seule revue systématique comparant PRP et PRF pour le rajeunissement périorbitaire indique que les données actuelles n'établissent la supériorité ni de l'un ni de l'autre, et qu'on ignore si la PRF atteint la durée pour laquelle elle a été conçue, faute d'observation assez longue.
Dans l'essai au suivi le plus long, la PRF s'est montrée significativement supérieure au PRP pour le lissage du canthus et la réduction des ridules à trois mois. À six mois, cet avantage avait disparu. La PRF elle-même est résorbée par l'organisme en environ deux semaines.
Quand le PRP est-il le meilleur choix ?
Voici le constat qui va à l'encontre de la plupart des discours de clinique : pour la pigmentation et les cernes, les données favorisent le PRP, pas la PRF. Une étude a rapporté une réduction moyenne de 46,6 pour cent de la surface mélanique après quatre séances de PRP, avec une amélioration des cernes maintenue à six mois.
Le partage raisonnable, selon les données actuelles, est donc : la PRF pour la texture, les ridules et le grain de peau à court terme, le PRP pour la pigmentation et la coloration sous l'œil. Si vous voulez le portrait complet mois par mois du côté PRP, consultez notre guide d'une cure de PRP.
Que valent les données dans l'ensemble ?
Elles sont limitées, et largement empruntées. L'essentiel de la science de la PRF vient de la parodontie et de la chirurgie buccale, et les études fondatrices sur la cinétique de libération sont toutes parues dans des revues dentaires. Le mécanisme est solide. Les données de résultat esthétique sont peu nombreuses, courtes et inconstantes, avec seulement deux études utilisant une évaluation objective et aucune uniformité des protocoles de centrifugation entre elles.
Retenez-en le résumé juste : confiance sur le mécanisme, prudence sur le résultat.
Quels sont les risques ?
Enflure, rougeur et ecchymoses, transitoires, se résorbant généralement en un jour ou d'ici la fin de la cure. La fréquence des effets indésirables ne différait pas entre les patients traités par PRF et par PRP.
Le risque grave est vasculaire. Des cas publiés documentent quatre patients devenus aveugles de façon irréversible après des injections plaquettaires au visage, trois dans la glabelle, le produit ayant remonté dans la circulation ophtalmique. Ce risque vaut pour tout injectable du visage et constitue le meilleur argument pour choisir une clinique sous supervision médicale.
La PRF est écartée en cas de thrombocytopénie critique, de dysfonction plaquettaire, d'instabilité hémodynamique, de sepsis et d'infection locale, avec prudence en cas de prise récente d'anti-inflammatoires, d'infiltration récente de corticoïde, de fièvre, de cancer, d'anémie et de tabagisme.
Au Québec, une évaluation médicale en personne est exigée au préalable, la délégation à une infirmière requiert une ordonnance individuelle, et un médecin doit demeurer accessible pour prendre en charge une réaction. Si la texture de la peau est votre préoccupation principale, comparez cette option au microneedling et au reste de l'offre de traitements plutôt que de présumer qu'un traitement dérivé du sang est forcément l'option la plus douce.
Les résultats peuvent varier d'une personne à l'autre. Rien ici ne constitue un avis médical — prenez rendez-vous en consultation et nous étudierons votre cas.
Sources
- https://recalls-rappels.canada.ca/en/alert-recall/health-canada-clarifies-position-platelet-rich-plasma-treatments
- https://link.springer.com/article/10.1007/s00784-016-1719-1
- https://link.springer.com/article/10.1007/s00068-017-0785-7
- https://link.springer.com/article/10.1007/s00784-017-2063-9
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12587466/
- https://www.mdpi.com/2227-9059/12/1/7
- https://www.mdpi.com/1648-9144/61/1/84
- https://link.springer.com/article/10.1186/s12891-025-09346-9
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7722697/
- https://cms.cmq.org/files/documents/Guides/p-1-2020-08-24-fr-guide-medecine-esthetique.pdf
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